Tout
est réuni dans cet hôtel particulier
au luxe raffiné pour que se joue une de
ces brillantes comédies amoureuses dont
Henry Bernstein a le secret :
Le célèbre et séduisant
avocat parisien Jean Viroy - Jean Pierre Cassel
- représentatif de cette élégance
et de ce charme si particulier aux hommes d'avant
guerre; Sa ravissante et ondoyante maîtresse
Claudine de Gaige - Anne Consigny - sur le point
de divorcer d'un mari qui l'adore; son ami André
Cormagnin - Philippe Magnan - journaliste visionnaire,
faussement cynique, inventeur du magazine "voir",
annonciateur de "Paris Match". La
vie semble facile, brillante et sensuelle. Soudain,
arrive d'Autriche Elvire Siersberg - Caroline
Sihol - émouvante aristocrate viennoise
à qui les nazis ont tout pris, son mari,
ses biens, son identité.
Nous sommes à Paris, en avril 1939.
Les jeux de l'amour qui vont lier et délier
ce quatuor résisteront-ils aux force
du mal qui se rapprochent et menacent de priver
le monde de liberté ?
Juste avant de fuir lui-même les nazis,
Henry Bernstein nous livre une "Elvire"
dont l'humour, le courage et la formidable envie
de vivre apportent à cette comédie
dramatique une émotion, un charme et
un goût d'actuel qui surprendront le spectateur.
En janvier 1940, au lendemain de la première
représentation, Colette l'a écrit
: "Elvire Siesberg est un personnage que
nous n'oublierons plus".
Une pièce grave dans un contexte léger
Certains programmes annoncent une comédie.
On y rit, certes. Mais Elvire n'est pas vraiment
une comédie. C'est une pièce grave
sur un sujet grave, écrite en 1939, à
l'aube d'une tragédie de l'humanité.
Elvire (Caroline Silhol), aristocrate autrichienne,
a tout perdu. Les nazis lui ont pris ses biens,
son mari, jusqu'à son identité.
Le personnage se présente chez un brillant
avocat parisien, Jean Viroy (Jean-Pierre Cassel),
alors qu'il reçoit sa maîtresse,
une futile beauté parisienne, Claudine
de Gaige (Anne Consigny) et son ami d'enfance,
le rédacteur en chef d'un Paris-Match
de l'époque, André Cormagnin (Philippe
Magnan). Elle arrive avec sa lumière
intérieure, sa pudeur, son courage, son
sourire, sa dignité tranquille. On est
en avril 1939 et insidieusement, la menace se
rapproche.
Un écrivain puissant servi par une bonne
mise en scène
L'écriture d'Henry Berstein est très
forte, poignante et légère à
la fois. Toute l'horreur de ce despotisme aveugle,
abject et lâche y transparaît avec
d'autant plus d'impact qu'il contraste avec
ce personnage lumineux, plein de force souriante
et de profond désespoir.
Patrice Kerbrat a ménagé une mise
en espace très habile. Elvire se détache
par un rythme plus lent, à l'opposé
des personnages plus légers interprétés
par Jean-Pierre Cassel et Anne Consigny.
Une grande interprétation mêlant
technique et subtilité
Elvire donne l'occasion à Caroline Silhol
de réaliser une grande performance d'actrice,
digne d'un Molière. Présente en
scène presqu'en continu, elle doit gérer
un accent autrichien pendant toute la représentation.
Mais surtout, elle est parfaitement juste dans
ce personnage, qui ferait tomber la pièce
s'il ne dégageait pas cette aura silencieuse.
Elle sait à merveille nous rendre aussi
bien l'élégante écorce
de celle qui reste délicate, digne et
souriante que le poids du destin tragique, de
l'indignation désespérée
qui l'accable en profondeur. Les deux registres
co-existent dans le jeu de la comédienne
et nous rendent le personnage particulièrement
poignant et si humain, dans toute la noblesse
du terme
L'interprétation de Philippe Magnan est
aussi forte et subtile. Il use de la technique
de Louis Jouvet avec un grand bonheur. Voix
apparemment monocorde, sobriété
et grande finesse de l'interprétation
permettent autant la détente comique
que la transmission des émotions les
plus profondes.
Lumineuse jusqu'au bout, Elvire a l'élégance
finale de refuser de compromettre ceux qui l'ont
aidée. C'est bien là le chef d'oeuvre.
Le personnage est si beau que cette beauté
finit par l'emporter sur l'ignominie dans le
souvenir du spectateur. On en sort grave et
étrangement réconforté.
Ne manquez pas ce spectacle, cette saison. Il
vous touchera au plus profond du coeur.
Source : http://perso.wanadoo.fr/paris.plus/spect5m.htm