Hypothèque

Réunis pour fêter l'achat futur d'un appartement, ils sont trois, ces amis-là, mais ils préfèreraient être quatre : Victor se noie dans la solitude qui le guette.

Marc et Sergine s'apprêtent à déboucher le champagne quand le téléphone suspend définitivement la fête. Chacun pour soi; de deux plus un, ils deviennent un plus un plus un. La folle du logis caresse distraitement les trois têtes et les sort de l'inquiétude pour les jeter dans des projets de vengeance échevelée. La démence balaie la prudence, dévoile les mensonges, les coups bas, les petites et les grandes trahisons. L'avenir s'assombrit sévèrement. Une nouvelle sonnerie du téléphone et l'arrivée d'un souriant messager du bonheur devraient dissiper les nuages (après la pluie, le beau temps ). Mais le soleil revient sur un champ de ruines et quatre coeurs dévastés.

Mise en scène de Patrice Kerbrat, avec Roland Giraud, Stéphane Hillel, Maaïké Jansen et Tristan Petitgirard.

Critique :

C'est autour d'une bouteille de champagne dont ils ne cesseront de différer l'instant propice pour faire sauter le bouchon des réjouissances dans un huis clos agrémenté d'un simple canapé que pendus à un téléphone, véritable diktat de l'humeur générale, les trois protagonistes qui s'avéreront effectivement quatre, vont lever l'hypothèque des bons sentiments semblant les réunir!...

Comédie sociale démontrant la lâcheté et l'égocentrisme de tout un chacun, toujours plus soucieux de ses intérêts propres que d'un désir pourtant ostensiblement affiché d'aider le prochain!...

Entre la désillusion de se "faire plaquer" et l'amertume de se "faire arnaquer", la hantise de l'un ne peut rien changer à l'obsession des des deux autres, d'autant plus que le quatrième en apparaissant comme "le mort" d'un bridge virtuel, agit comme un empêcheur de ne pas tourner en rond!...

Victor suspecte Patrick de le tromper, mais le couple Marc et Sergine tente de le rassurer alors même qu'un tissu de mensonges a peu à peu submergé leurs liens d'amitié et qu'il sont eux-mêmes en proie à une inquiétude irraisonnée d'être victime d'une corruption immobilière!...

La mise en scène de Patrice Kerbrat agite les quatre rôles comme autant de marionnettes qui seraient prises dans la nasse d'un filet que ceux-ci ne cessent de construire à l'instar d'une araignée désemparée!....

L'interprétation se veut distanciée d'une angoisse réaliste mais aboutit à une parodie de personnages dont la crédibilité se cherche à tâtons dans un jeu de cache-cache avec le faux-semblant!....

Roland Giraud et Stéphane Hillel, comme les deux faces d'une même médiocrité, progressent dans une lutte aveugle dont Maaïké Jenken assurera l'arbitrage palliatif et dont Tristan Girard viendra à son insu sonner le glas, dans un happy-end en trompe-l'oeil!...

Davantage bande dessinée que psychodrame, le spectateur hésite dans un étrange malaise sur son adhésion avec le ton de la pièce, en pressentant toutefois qu'il aurait sans doute été contre-performant de s'appesantir sur la subjectivité des ressentiments !...

Daniel Besse, l'heureux auteur de la pièce "Les Directeurs" aurait-il pu réussir présentement un second coup de maître?






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