Mais qui sont-ils? Mais qu’est-elle cette
famille d’accueil qui héberge des
pensionnaires placés par la « CUSE
»? Et qu’est-ce que ce perroquet complote
avec les vieux qui occupent successivement cette
chambre d’hôte, véritable base
arrière du camp retranché qu’est
devenu cet appartement?
Qu’il est blême ce HLM, qu’ils
sont ébouriffants les occupants de ce
F4 qui se la jouent « intérieur
Louis Philippe » selon le voeu de la mère
et qui passent avec une aisance confondante
de leurs velléités aux mystifications!
Pour sûr, ils ne s’ennuient pas,
faisant de leur vie un théâtre
permanent qu’ils se donnent à eux-mêmes,
les parents tout occupés à pomper
les diverses allocations, les enfants à
s’enjoliver un monde quasiment virtuel!
Le père, qui a fait de la prison pour
meurtre, vit depuis dans une parano dédiée
au souvenir de sa mère; une sorte de
« tête brûlée »
prêt à tous les coups tordus pour
se procurer des subsides ! La mère elle,
une séductrice frustrée sur le
retour d’âge qui a épousé
son homme pour le meilleur et pour le pire,
c’est-à-dire en fait pour le traiter
de joyeux « connard » toute la sainte
journée!
Complices dans le non-dit, ils s’entendent
à merveille pour se mentir et organiser
de concert leurs petites affaires respectives
! Je t’embrouille, tu m’embrouilles
et tout va pour le mieux dans le monde des affabulateurs!
Ca parle beaucoup, ça élève
la voix, çà éructe à
qui mieux mieux des onomatopées mais
c’est pourtant qu’ils sont sensibles
ces deux-là, toujours proches de la larme
à l’oeil, des bons sentiments,
complètement imprégnés
de la nostalgie du bon vieux temps!...
Et puis chez ces gens-là, il y a Antoine
le frère, constamment polarisé
par « FIFO », la radio d’informations
en continu qui le relie fictivement au monde
et qui lui donne par exemple des nouvelles de
l’augmentation du « NMI »
qu’il touche puisqu’il a quitté
le collège sous le conseil de son père!...
A moins qu’il se soit encore emballé
et que ce soit seulement le nombre d’allocataires
qui est augmenté!...
Quant à Elisa sa soeur, elle vient évidemment
en parfaite midinette patentée de rencontrer
le Grand Amour et de s’apercevoir derechef
qu’il s’agit d’une ordure!
La Totale donc!...
Et ce d’autant plus qu’à
une pièce de là, survit le Vieux
qui a pris le relais de son prédécesseur
en développant une affinité partagée
avec ce perroquet tellement bavard qu’il
en excède la Famille par-delà
les cloisons de la chambre...
Le train-train quotidien va soudain se corser
lorsqu’Antoine va apprendre grâce
à « FIFO » que le perroquet
détient un secret qui pourrait rapporter
gros!...
Une pièce truculente dont il faudrait
pouvoir pleurer si les comédiens et le
metteur en scène n’avaient pas
décidé de nous en faire sourire
et rire - Evoquons notamment une époustouflante
interprétation de Maaïke Jansen-!
A l’instar des « Deschiens »,
ce monde nous est terriblement proche mais bien
entendu s’il s’agissait d’un
effet de miroir, nous jurerions qu’il
est évidemment trompeur!...
Source : http://theothea.com.free.fr/critik12.htm#vieux
Gérard
Gelas